Ce site est une création permanente, alimentée régulièrement par Daylon, Icha, Lasth & Mime.
Vous y trouverez illustrations, photographies, fictions et roughs en tout genre.
This website is an on-going collective arty project, fed by four young so-called artists.
We do stuff.
We mostly speak french, but he, some other strange-looking languages too.
Rechercher / search :
Ils avancent en procession sans même y penser, la nuit est pesante sur leurs épaules, tout autant sur les épaules de la ville, Quai de Loire. La nuit goûte du toit des immeubles, plonge quand l'éclairage vient à manquer.
Les sons sont absents, remplacés par un bourdonnement, le montage compressé des feulements de moteurs, l'éclat écrasé de klaxons erratiques. Un bourdonnement pour habiller l'assemblage des lumières ; les vitrines et les feux, les écrans lcd et les phares, les reflets sur le sol humide ; fondus en rivière de lave à l'apparence glacée, une représentation terrestre du centre galactique. Et ces silhouettes que nous suivont ; elles sont uniquement vues de dos, les limites floues et les démarches incertaines. Mécaniques.
Ils percutaient les murs, roulaient sur le sol après réception, ils sautaient, oui ; ils avaient même fini par abandonner les gants ; ils n'hésitaient plus à se cogner. À mains nues. Et le talc se dissipait en faibles nuages que les effets spéciaux foudroyaient à l'impact ; de leur front, la sueur s'élevait, finement vaporisée, un flash unique pouvait révéler les particules.
La simulation ne suffisait plus à compenser les coups, les coups portaient parfois, une lèvre éclatée, ils se marraient les mecs, totalement anesthésiés par l'euphorie et la brutalité.
À chaque coup, les bras ou les jambes se nimbaient de bleu ; à chaque geste technique, des formes géométriques simples, matérialisées dans l'air étouffant du salon que les persiennes découpaient au préalable en tranches fines de jour. Ces abrutis se marraient.
Nouveaux coups portés avec puissance, du K1, les marques humides de pieds nus sur le parquet. Les deux combattants percutèrent le mur porteur.
La peau claquait à chaque fois et l'ambient des joueurs habillait le tout de sons irréels, toujours exagérés. Les maillots collaient au corps.
Des coups spéciaux enchainés derrière moi, les acrobaties assistées.
Les points dressés en chiffres lumineux d'or sur la tangente du combat permettaient de délimiter les silhouettes quand elles se jaugeaient, les respirations profondes, l'essoufflement puis relancer un enchaînement. Bientôt, l'un des gars devait dégainer un konami-code. Un éclair blanc noya la pièce.
Finish him.
La banquise commença à refluer, la neige réduite en archipels compacts ; le sol enfin révélé mais couvert d'une pellicule glacée, invisible, traître, mais toujours bleue : sa beauté vient la trahir. Le bitume y semblait piégé, sous le gloss, piégée par la banquise affaiblie mais toujours dominante. Ces couleurs si intenses qu'elles nous forcent à détourner le regard.
Mais, heure après heure, gagner des mètres carrés autrefois perdus que l'on mesure au nombre régulier des marquages.
Ici aussi, le monde est blanc, mais la glace moins épaisse, blessée là où passent certaines machines.
Des plaies ouvertes, des tissus déchirés bleu nuit, des cicatrices molles parfois grises. L'hégémonie imparfaite de l'hiver.
On découvre une figure humaine pratiquement hors cadre. Il faut bien chercher pour l'apercevoir, encore qu'elle demeure silencieuse, distante et anonyme. Elle n'a d'autre valeur que l'indice, la possibilité de créatures au sang chaud, quelque part, survivant malgré la glaciation brutale.
On la comparait à un désert. La campagne était rase, décharnée ; l'écorce nue des arbres laissés pour morts violait l'uniformité du paysage. On en venait aux mêmes constatations avec les bâtiments, les rues, les quartiers qu'on qualifiait "de vie" : vides, géométriques et couverts de neige, si bleu qu'on pouvait en avoir mal aux yeux ; le teint azoté pour toute chose, tout décor, du bleu écrasant.
Le monde était calme dans l'abandon. Et pourtant, on ne pouvait y croire, on ne pouvait ignorer ces quelques empreintes laissées dans la neige.
Consultez :
la page précédente (contenu plus ancien).