« Oh, bien sûr, ce n'est pas encore le printemps. »
Derrière des kilomètres d'azote se profilent le chef de nouveaux cargos de neige ; des nuages très haut hissés sur l'horizon, têtes et épaules, mais ils sont encore loin, peut-être qu'ils nous contourneront de guerre lasse.
Les arbres sont découpés dans l'atmosphère, devant eux, les cargos ; les arbres en figures simples, presque de la déco pour intérieur chic. La neige élégante habille le creux des sillons enfin mis à nus, la glace sera bientôt un faible souvenir. Les sillons déjà verts et la nature prête à reconquérir.
« Je la vois comme une phase terminale. Non. Une rémission. »
Ça me fait rire, mais je ne suis pas sûr d'avoir le cœur à la joie. Pas tout de suite. Elle le comprend, elle insiste :
« Je sais comment tu définirais la dernière glaciation.
— Ah oui ?
— Blank. C'est tout. Tu dirais : blank. »
L'air est piquant, vif, mais ce sont de vraies couleurs qui émergent encore timide. Les spots autour du terrain semblent fiers. L'ambiance tient à très peu de choses.
Ce n'est pas encore fini, ajoute-t-elle. Ce n'était qu'une apnée.
Le mouvement reprend. Les particules suspendues retrouve un état d'animation. Ce sont ses mots. Je n'ajoute rien.
Elle vient se dissimuler dans l'ombre, inquiète. La vôute limpide se montre garante du froid, mais le gel se méfie, recule vers l'ombre. De la saleté se révèle, le blanc est celui des murs, celui des matériaux humains ; la glace cherche les angles, recule encore.
La banquise commença à refluer, la neige réduite en archipels compacts ; le sol enfin révélé mais couvert d'une pellicule glacée, invisible, traître, mais toujours bleue : sa beauté vient la trahir. Le bitume y semblait piégé, sous le gloss, piégée par la banquise affaiblie mais toujours dominante. Ces couleurs si intenses qu'elles nous forcent à détourner le regard.
Mais, heure après heure, gagner des mètres carrés autrefois perdus que l'on mesure au nombre régulier des marquages.
Ici aussi, le monde est blanc, mais la glace moins épaisse, blessée là où passent certaines machines.
Des plaies ouvertes, des tissus déchirés bleu nuit, des cicatrices molles parfois grises. L'hégémonie imparfaite de l'hiver.
On découvre une figure humaine pratiquement hors cadre. Il faut bien chercher pour l'apercevoir, encore qu'elle demeure silencieuse, distante et anonyme. Elle n'a d'autre valeur que l'indice, la possibilité de créatures au sang chaud, quelque part, survivant malgré la glaciation brutale.
On la comparait à un désert. La campagne était rase, décharnée ; l'écorce nue des arbres laissés pour morts violait l'uniformité du paysage. On en venait aux mêmes constatations avec les bâtiments, les rues, les quartiers qu'on qualifiait "de vie" : vides, géométriques et couverts de neige, si bleu qu'on pouvait en avoir mal aux yeux ; le teint azoté pour toute chose, tout décor, du bleu écrasant.
Le monde était calme dans l'abandon. Et pourtant, on ne pouvait y croire, on ne pouvait ignorer ces quelques empreintes laissées dans la neige.
Le tri par tag est le plus spécifique offert par ce site. Il correspond généralement à des thématiques plus fines, indépendantes des catégories.
Néanmoins, si vous ne trouvez ce que vous étiez venu chercher, nous vous invitons à effectuer une recherche en utilisant le formulaire, ci-dessous.
Sorting by tag is basically the most edgy one that you could use here. It's a more acurate, cross-categories sorting.
Anyway, you're not satisfied yet, you can also use a search by keywords. Right below.
Rechercher / search :