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La bruine déposait ses voiles sur le toit des serres, les chaises innocupées, le gravier. On l’entendait frotter ses soies sur le polymère des vestes : les rares promeneurs marchaient tout aussi lentement, dans l’espoir, peut-être, d’éviter de froisser la roche broyée des plate-bandes. Les feuilles, quant à elles, régurgitaient plus bruyamment les intempéries accumulées au creux des veines ; des gouttes épaisses et bombes minuscules.
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Nous parlions alors d’un décor de cinéma : un cadre large, une caméra stabilisée ; juste assez de travers pour faire croire à au miracle de l’oeil humain.
Nous parcourions des couloirs en silence, touchions des ombres huileuses sans substance. Portes vernies. Du bâtiment désert et la petite fenêtre, second cadre : l’incandescence sur la tôle abstraite des usines. Nous vivions encore l’été sans vraiment le sentir ; évoquions la Catalogne, ses structures organiques.
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Les éclaircies telles que décrites par le sol et les murs par leurs plans gris parfois marqués. Les ombres larges, en pleine journée profondes, glissent sur chaque forme, chaque relief ; elles parcourent ces rues, avancent bientôt sur d'autres rues toutes proches, elles avancent, s'élargissent et nous dispensent d'un printemps à l'envers. L'air doux.
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Le complexe est vaste mais les allées silencieuses, un peu froides. Les portes closes en ce jour de chôme, les sécurités parfaitement verrouillées.
Le métal patiné, autrefois peint et maintenant blanchi, un peu usé par le temps heurté à son seuil.
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Elle s'arrête, me presse soudain le poignet, elle me dit « regarde, regarde» ; elle ajoute « tout se fige ». Le cadre s'élargit et j'aperçois à mon tour le paysage, les couleurs réduites en un spectre harmonieux, les arbres et les immeubles conçus dans les mêmes matières, les courbes plus claires du terrain et je n'avais pas remarqué l'automne fermant dans notre dos la marche du temps passé.
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Ils s'ignorent quand il traversent le hall, ils marchent d'un pas pressé ou cherchent leur chemin : réduire les collisions de silhouettes à leur strict minimum est un objectif commun, groupe de voyageurs tractés ou anonymes tractant les bagages.
Du café, se protéger des mouvements et des micro paniques contrôlées uniquement en surface ; collé contre la vitre, soft drink à portée de main.
Observer aussi deux personnes inconues l'une à l'autre croiser leurs regards et prétendre une seconde sans échanger un mot qu'ils se connaissent depuis toujours.
Nous la devinons sourire, mais ce sourire arrive trop tard ; lui, il a cherché à ne rien montrer et le regrette déjà. Puis, d'autres passagers, d'autres masses, encore. Ombres bleues et contrejour des voyageurs en transit ainsi que d'autres, comme nous et en retrait, en attente.
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S'arrêter et se figer en bord de rue, en bord de ville, au bout des lignes de transport et apercevoir de petits détails. Par exemple, le mouvement sans volonté et pourtant inéluctable des feuilles, mouvement inspiré par le temps et les dépressions venues de l'ouest ; l'eau, la tristesse aussi, à pousser les troupeaux minuscules de feuilles craquantes. Les rues sont elles même dépouillées en ce dimanche, comme bientôt les arbres. Les feuilles poussées au niveau du sol ; elles s'éloignent des voitures aux tôles froides garées non loin de là, quitter le couvert des frondaisons moribondes.
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Les murs ont poussé très haut et très vite ; à chaque jour ses nouveaux étages, ses dalles de béton, les poutres fixées, des échafaudages partout. Des angles aussi, une quantité phénoménale, et des droites non parallèles ; ils dévoraient le ciel dans un grand festin abstrait. À serrer le cadre nous tombions dans un tableau sans profondeur, pendant que les grues piquaient le ciel et le labouraient.
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Les éclaircies coulent, se diffractent parfois, se diffusent, passent de surfaces réfléchissantes en matières translucides, captent de nouvelles nuances ; nuages insulaires au-dessus de nos têtes, après-midi de jaunes épais dans les frondaisons d'automne. Les cabines téléphoniques silencieuses car innocupées dans leur habit institutionnel, au centre d'un tableau périurbain.
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